Le tableau synoptique

Conférence improvisée
donnée par Omraam Mikhaël Aïvanhov en 1972

Ce tableau que vous avez devant vous est un résumé de toute la science initiatique, de tous les livres sacrés de l'humanité. Evidemment, on peut donner d'autres schémas de la vie psychique de l'homme, nous en avons déjà étudié d'autres. Regardez, par exemple: quand on veut donner une idée de la structure anatomique, pour la facilité de la compréhension on ne représente pas tout à la fois, on est obligé de faire des planches différentes pour les différents systèmes: osseux, musculaire, circulatoire, nerveux... En géographie aussi, il y a des cartes physique, politique, économique, géologique. Il peut donc exister différents tableaux pour expliquer la structure psychique de l'être humain, et bien que celui-ci soit différent de l'Arbre séphirotique par exemple, il représente la même réalité et on peut tout y retrouver. Je vous ai donné d'autres scéhmas et, bien qu'ils soient tous différents, ils ne se contredisent pas entre eux.



PRINCIPE IDÉAL NOURRITURE PAIEMENT ACTIVITÉ
ESPRIT
conscience divine
temps
eternité
immortalité
liberté vérité identification
union
création
ÂME
superconscience
espace
immensité
infini
impersonnalité
altruisme
fusion
dilatation
extase
contemplation
adoration
prière
INTELLECT
soi-conscience
connaissance
savoir
lumière
pensée sagesse méditation
étude
approfondissement
COEUR
conscience
joie
bonheur
chaleur
sentiment amour musique
chant poésie
harmonie
VOLONTÉ
subconscience
domination
puissance
mouvement
force geste
souffle
respiration
exercices danse
paneurythmie
CORPS PHYSIQUE
inconscience
vigueur
santé
nourriture argent activité
dynamisme
travail


Ce tableau que je vous présente aujourd'hui, vous ne le trouverez dans un aucun livre, c'est la première fois qu'il est donné. Il est un résumé, une synthèse de toutes les vérités de la vie. Pour le moment, vous ne voyez que des mots isolés sans lien entr eux, mais une fois expliqués, reliés, replacés dans cet ensemble, toutes leurs significations et leurs correspondances vous étonneront.

Vous voyez que ce tableau (que nous appelons “synoptique” parce qu'il présente une vue d'ensemble sur la structure de l'être humain et les activités qui correspondent à cette structure) se compose de cinq colonnes verticales.
La première colonne indique les Principes dont l'homme est constitué: le corps physique, la volonté, le coeur, l'intellect, l'âme et l'esprit.
Dans la seconde colonne vous voyez écrit: Idéal, car chaque principe tend vers un idéal. Le coeur, l'intellect, l'âme ont un idéal qui est évidemment différent pour chacun.
Pour que chaque principe puisse atteindre son idéal, il a besoin d'être alimenté, nourri, renforcé, et il faut lui donner la possibilité de subsister afin qu'il continue de se manifester. C'est pourquoi la troisième colonne porte la mention: Nourriture.
Enfin les deux dernières colonnes sont consacrées au Paiement, c'est-à-dire au prix qu'il faut payer pour obtenir cette nourriture et à l'Activité, c'est à dire au travail qu'il faut fournir pour obtenir ce paiement. Vous voyez donc que toutes ces notions sont liées entre elles d'une façon parfaitement claire et logique.


Pour la facilité de la compréhension nous allons commencer par le corps physique, car tout le monde sait ce qu'est le corps physique, tout le monde a affaire à lui, il est visible, palpable, c'est une réalité dont on ne peut pas douter. L'idéal du corps physique c'est la santé, la vie. Pour lui, rien n'est plus précieux, plus essentiel que d'être en bonne santé, vigoureux, plein de force. Pour posséder cette vitalité il a besoin d'être nourri de toutes sortes d'aliments solides, liquides et gazeux. S'il ne reçoit pas cette nourriture, il meurt. Sans être passés par les universités, tous savent que pour subsister, il faut manger. Même les enfants le savent. Mais pour avoir cette nourriture, il faut de l'argent. Vous conaissez l'histoire... On posait la question à un casseur de pierres: “Alors, Antonio, pourquoi casses-tu des pierres? - Pour avoir de l'argent. - Et pourquoi avoir de l'argent? - Pour m'acheter des macaroni. - Et pourquoi des macaroni? - Pour manger. - Et pourquoi manger? - Pour avoir des forces. - Et pourquoi avoir des forces? - Pour casser des pierres...” Oui, un cercle vicieux. Donc, vous êtes d'accord, n'est-ce pas? Pour manger, il faut de l'argent, et pour avoir de l'argent il faut travailler, c'est simple.

Mais attendez, ce qui vous paraît si évident dans la plan physique, vous n'avez jamais pensé qu'on le retrouve aussi dans les autres plans. La volonté, le coeur, l'intellect, l'âme et l'esprit tendent aussi chacun vers un but, et pour atteindre ce but, chacun a besoin d'être nourri; pour avoir cette nourriture, il faut de l'argent, et l'argent ne se gagne qu'en faisant un certain travail. Quand vous aurez bien ce tableau dans votre tête, vous posséderez la clé de la vie physique et psychique de l'homme.

Évidemment, le corps physique est le réceptacle de tous les autres principes plus subtils. L'âme et l'esprit, par exemple, ne sont pas vraiment dans le corps physique, mais ils se manifestent à travers lui, à travers le cerveau, le plexus solaire, les yeux... Par exemple, quand vous regardez quelqu'un avec un grand amour, avec une grande pureté, une grande lumière, qui est-ce qui se manifeste à travers vos yeux? Les yeux appartiennent au corps physique, mais celui qui se manifeste, qui se sert de ces moyens d'expression, qui est-il? Peut-être est-ce l'âme, peut-être est-ce l'esprit, peut-être est-ce Dieu Lui-même... Si vous lancez à quelqu'un un regard ou des paroles terribles qui le rendent malade, c'étaient des forces hostiles qui se sont servies de vous et qui l'ont foudroyé. Donc, le corps physique n'est souvent que l'instrument de forces bénéfiques ou maléfiques qui existent en lui ou en dehors de lui.


La volonté a pour idéal la puissance et le mouvement, voilà ce qu'elle demande. Vous direz: “Mais elle peut demander la sagesse, l'intelligence, la beauté...” Non, ce n'est pas de son domaine, ce sont d'autres principes qui demandent cela. La volonté peut être mobilisée pour acquérir l'intelligence ou créer une oeuvre d'art, mais ce qu'elle souhaite pour elle-même, la seule chose qui la tente, c'est la puissance et le mouvement. Elle ne veut pas rester immobile, elle aime s'occuper, toucher, bouger, déplacer les choses. Mais comme pour le corps physique, elle ne peut réaliser son idéal sans nourriture. Et la nourriture de la volonté, c'est la force. Alimentée par la force, la volonté devient énergique, mais si on ne la nourrit pas, elle dépérit. Et l'élément qui pour elle correspond à l'argent et lui sert à acheter la nourriture nécessaire, c'est le geste. Oui, il faut toujours s'arracher à l'immobilité et à l'inertie pour actionner, stimuler, déclencher les énergies; c'est en s'habituant à agir, à se mouvoir que la volonté “achète” de la force et qu'elle devient puissante.

Et savez-vous quel est le premier de tous les mouvements? C'est le souffle. Au moment ou l'enfant naît, il respire, et à ce moment-là tous les autres processus se déclenchent... Donc, pour se procurer cet argent-là, il faut s'habituer à pratiquer les exercices qui sont préconisés dans l'Enseignement: les exercices de respiration, de gymnastique, la paneurythmie... Ils sont conçus pour renforcer la volonté. Bien sur, vous pouvez y ajouter beaucoup d'autres activités de la vie courante que je n'ai pas le temps d'énumérer, il y en a un très grand nombre, mais je parle ici seulement de méthodes que nous apporte l'Enseignement et qui concernent plus particulièrement la vie spirituelle.

Vous direz: “Mais nous ne pensions pas que ces exercices pouvaient tellement développer la volonté, nous croyons qu'ils étaient faits pour donner de la vitalité au corps physique ou même de la joie au coeur...” C'est vrai aussi parce que tout est lié. Pour le moment, pour être bien compris, je sépare les plans en attribuant à chacun ce qui lui revient, mais en réalité tous ces principes sont inséparables. Quand vous respirez, quand vous faites des mouvements de gymnastique, le corps aussi en bénéficie, la santé s'améliore, la vigueur s'accroît, et vous vous sentez mieux disposé, c'est évident. Rien n'est isolé, tout est lié.


L'être humain possède une faculté de sentir et de s'émouvoir qu'on appelle le coeur. Mais il ne s'agit pas du tout de l'organe physique qu'étudient l'anatomie et la physiologie et qui porte ce nom. Le coeur des anatomistes, qui est le principal organe de la circulation du sang est une sorte de pompe hydraulique, mais le véritable organe de la sensation est le plexus solaire. Quand les Initiés disent que la véritable compréhension vient du coeur, c'est du plexus solaire qu'ils parlent. D'ailleurs, le plexus solaire est une sorte de cerveau inversé. Dans le cerveau, la matière grise est à l'extérieur et la matière blanche à l'intérieur, alors que dans le plexus solaire, c'est l'inverse, la matière blanche est à l'extérieur et la matière grise à l'intérieur. Mais je vous ai déjà expliqué beaucoup de choses à ce sujet; laissons cela pour aujourd'hui. C'était seulement pour vous dire que le plexus solaire contient des richesses et des trésors enfouis depuis des temps immémoriaux, et bien que les humains ne s'en soient pas tellement rendu compte, en réalité c'est par là qu'ils sentent et comprennent. Le cerveau, lui, comprend les choses extérieurement, objectivement, en théorie, et c'est ainsi que beaucoup de gens se prononcent sur certains sujets sans avoir rien senti ni gouté. Alors qu'en réalité c'est quand on a vécu, touché, senti, savouré les choses qu'on les comprend vraiment. Le plexus solaire est donc un monde que la science contemporaine ne connaît pas bien encore, et qu'il lui reste donc à explorer.

Alors, maintenant, quel est l'idéal du coeur? Cherche-t-il le savoir, les connaissances, les pouvoirs? Non. Il a besoin du bonheur, de la joie, de la chaleur, car il se vivifie dans la chaleur. Le froid le tue. Partout ou il va, il cherche la chaleur chez les créatures.

La nourriture du coeur est le sentiment, toutes sortes de sentiments, les bons sentiments, et, malheureusement aussi, les mauvais. Mais comme il nous faut nous limiter, nous ne parlerons ici que des bons coeurs, des coeurs des bons disciples qui sont alimentés par de bons sentiments.

La monnaie qui sert à payer le bonheur et la joie, c'est l'amour. Lorsque vous aimez, aussitôt votre coeur est nourri. Combien de fois je vous l'ai dit! Vous ne pourrez pas être heureux avec les richesses, les pouvoirs ou même la beauté, mais seulement avec l'amour. C'est l'amour qui rend heureux. Vous pouvez donner n'importe quoi d'autre au coeur, il restera insatisfait, il vous dira: “Donnez-moi de l'amour!”, parce qu'avec l'amour il ira s'acheter tout le reste. Lorsque vous aimez quelqu'un, cet amour est un argent qui vous permet d' “acheter” toutes sortes de sensations, d'émotions, de sentiments. Des milliers de sensations naissent chaque jour de votre amour. Dès que vous n'avez plus d'amour, vous n'avez plus d'argent: finies les émotions, les sensations, plus rien! Vous avez beau embrasser votre femme, si vous ne l'aimez plus, vous ne ressentirez ni joie, ni bonheur. Mais si vous l'aimez, oh là là! Même sans l'embrasser, des milliers de sentiments et de sensations impossibles à analyser vous traversent... simplement parce que l'amour est là.


L'homme possède un intellect dont l'idéal est de connaître, de comprendre. Ce qui est très important, car lorsque vous ignorez la nature des choses, vous vous faites du mal, vous vous embrouillez, vous vous enfoncez dans des régions dangeureuses d'où vous ne pouvez plus sortir.

Pour atteindre cet idéal, l'intellect a besoin d'une nourriture, et cette nourriture est la pensée. Quand je dis: “pensées”, on peut aussi entendre, comme pour le coeur, les mauvaises pensées, car les pensées peuvent être de toutes sortes. Mais ici, dans notre Enseignement, il est sous-entendu que nous parlons des pensées les meilleures et les plus lumineuses. C'est donc la pensée qui nourrit l'intellect; si vous ne pensez pas, vous n'arriverez pas à connaître, à voir clair. Certains disent: “Pourquoi se casser la tête? Il ne faut pas trop penser, c'est dangeureux, on devient fou.” Oui, on devient fou si on pense mal, mais la pensée est la meilleure nourriture pour l'intellect. Si vous ne l'alimentez pas, il s'assombrit, s'affaiblit: vous l'avez laissé mourrir de faim.

Mais pour s'acheter les meilleures pensées, il faut de l'argent. On peut toujours avoir des pensées, mais bizarres, abracadabrantes, et le résultat n'est pas fameux. Les mendiants, les clochards, les pauvres ne peuvent pas aller dans les meilleurs restaurants se régaler d'une nourriture fraîche, c'est trop cher pour eux et ils iront chercher les détritus dans les poubelles. De même, pour pouvoir s'acheter les meilleures pensées, il faut être riche. Et savez-vous quelle est cette richesse? La sagesse. Si vous n'avez pas cet argent qui s'appelle la sagesse, vous n'aurez comme pensées que des épluchures, symboliquement parlant. Seule la sagesse peut nourrir votre intellect des meilleures pensées et il obtiendra ainsi la lumière qu'il cherche. Seulement la sagesse n'est pas, comme on se l'imagine parfois, une connaissance, une science, une érudition. C'est plutôt une attitude. Certaines personnes sont sages sans avoir aucune instruction, et d'autres ont beaucoup de connaissances dans la tête, mais aucune sagesse. La sagesse est une attitude qui consiste d'abord à savoir s'orienter et choisir la meilleure direction; ce n'est qu'en second lieu qu'elle nous amène vers la science, la culture, les connaissances. Les sages ne savent pas tout, ils n'ont pas atteint la science absolue et complète; ils continuent à étudier, à apprendre, et cela peut durer une éternité, car le savoir s'étend jusqu'à l'infini... Mais la sagesse, elle, peut s'aquérir instantanément.

La sagesse, c'est de l'or, de l'or qui vient du soleil. Oui, la sagesse, l'or spirituel vient du soleil. Et d'ailleurs si on représente toujours les saints avec un cercle d'or au-dessus de la tête, c'est tout simplement parce que la sagesse est réellement une lumière qui émane d'eux... Avec cet or, on peut tout acheter dans le monde invisible, exactement comme avec l'or matériel vous pouvez acheter tout ce qu'il y a sur la terre. Quand vous vous présentez dans les magasins d'en haut, on vous dit: “vous avez de l'or? - Oui.” Et on remplit vos sacs de provisions. Sinon là-haut on ne vous donne rien.

Et le matin, au lever du soleil, sur le rocher, nous ramassons de l'or, des paillettes d'or grâce auxquelles nous pouvons tout acheter dans le Ciel: l'amour, la joie, la dilatation, la santé, la force, la plénitude. Beaucoup n'ont pas compris la valeur de cette habitude d'aller le matin regarder le lever du soleil et ils nous ridiculisent en nous appelant les ensoleillés. Ils ont peut-être pour le moment beaucoup d'argent dans leurs coffres mais tant qu'ils n'auront pas compris la valeur de cet or spirituel, ils feront faillite avec tous leurs milliards.

Et maintenant, pour gagner cet or, il faut faire un travail: il faut lire, étudier, réfléchir, méditer; et s'il n'est pas mentionné dans cette dernière case qu'il faut aller contempler le lever du soleil pour obtenir cet or, eh bien, ajoutez-le: il faut aller au printemps regarder le lever du soleil pour amasser l'or solaire... Allez, au boulot! Vous direz: “Mais on ne fait rien, on reste assis à méditer, on ne bouge pas.” En apparence, oui, on ne bouge pas, mais en réalité, tout notre être au dedans frémit et vibre.


Occupons-nous maintenant de l'âme. Dans ce domaine aussi quelle confusion, quelle ignorance parmi les humains! Quand on parle avec eux du coeur, de l'intellect, de la volonté à la rigueur on arrive encore à se comprendre, mais l'âme!... J'ai lu de nombreux ouvrages concernant l'âme, mais je n'ai jamais été satisfait de leurs définitions, de leurs explications. Quant à ce que la science officielle raconte à ce sujet, n'en parlons pas: elle la supprime en disant qu'en réalité l'âme n'existe pas mais se réduit à un ensemble de processus physiologiques. C'est pourquoi je me suis amusé un jour à faire une conférence sur l'âme. Oui, moi aussi j'ai mes amusements. Vous vous souvenez?... Beaucoup parmi vous sont venus ensuite me dire qu'ils l'avaient trouvée d'une clarté fantastique. En réalité, je n'ai pas encore dit grand-chose ce jour-là; j'ai à peine situé un peu mieux la question pour que vous commenciez à apercevoir la vérité, mais je suis loin de m'imaginer que j'ai tout expliqué.

L'idéal de l'âme, ce qu'elle demande, vous serez peut-être étonné, mais ce n'est ni la connaissance, ni la lumière, ni le bonheur. L'idéal de l'âme, c'est l'espace, l'immensité, car elle n'a besoin que d'une chose: se dilater, s'élargir, s'étendre jusqu'à embrasser l'infini. Son idéal, c'est l'infini. Si on la limite, elle se sent malheureuse. L'âme humaine est une toute petite partie de l'âme universelle et elle se sent en nous si limitée, si étouffée dans le corps physique que son seul désir est de pouvoir s'étendre dans l'espace. On s'imagine en général que l'âme tient tout entière dans l'homme; en réalité, non, c'est une petite parcelle qui est dans l'homme, tout le reste est en dehors de lui et mène une vie indépendante dans l'océan cosmique. Mais comme l'Âme universelle a des projets pour nous et souhaite pouvoir nous animer, nous vivifier, nous embellir, elle travaille sur nous pour se faufiler et nous imprégner de plus en plus. Notre âme n'est pas limitée à nous-mêmes, elle est quelque chose de beaucoup plus vaste, exactement comme notre être véritable, notre Moi supérieur n'est pas ce petit moi que nous connaissons, mais une entité tellement plus puissante. Pour l'âme, elle dépasse aussi infiniment ce que nous pouvons imaginer d'elle. Elle existe en dehors du corps physique: elle peut le quitter, voyager, visiter des régions de l'espace, des entités lointaines...

Donc, cette partie de l'Âme universelle qui est au-dedans de nous se tend sans arrêt vers l'immensité, vers l'espace infini. Mais pour atteindre cet idéal, elle a besoin, elle aussi, d'être renforcée et il existe pour elle une nourriture appropriée: toutes les qualités de la conscience supérieure, l'impersonnalité, l'abnégation, tout ce qui pousse l'être humain à dépasser ses limites, à vaincre son égocentrisme. Regardez, toutes les attitudes personnelles, égoistes, dressent des limites, des séparations. Dès que l'on dit: “Ça, c'est à moi!” on introduit déjà une séparation. Tandis que les attitudes impersonnelles écartent et font disparaître toutes les barrières.

Pour procurer à l'âme sa nourriture il lui faut aussi de l'argent, et cet arget, le seul moyen qui permette à l'âme de s'élargir jusqu'à l'infini, c'est la dilatation, la fusion, l'extase. Pour obtenir l'extase, il faut une occupation, un travail, et ce travail, c'est la prière, l'adoration, la contemplation. L'activité propre à l'âme est la contemplation: contempler le Seigneur, les Anges, les Archanges, la beauté céleste... La prière est une recherche de la splendeur divine, et quand cette splendeur est là, on éprouve une telle dilatation qu'on se sent arraché à son corps. C'est cela l'extase. Tous ceux qui ont connu l'extase disent qu'ils n'étaient plus sur la terre dans leur corps physique limité, mais qu'ils se sentaient noyés dans l'Ame universelle, entièrement fusionnés à elle. Ensuite, bien sûr, ils redescendaient de nouveau, mais pendant quelques minutes, quelques heures, ils avaient vécu dans l'infini, dans la fusion absolue.

Ce que je vous révèle ici correspond absolument à toutes les confessions, les récits que les saints, les mystiques, les Initiés nous ont laissés. L'extase n'arrive pas comme cela d'un seul coup, elle est le résultat d'une activité: la prière, l'adoration, la contemplation, un effort pour se tendre vers le Ciel, le Créateur afin de recevoir cet or, grâce auquel on pourra ensuite s'acheter toutes les joies célestes et s'élargir jusqu'à l'infini. Voilà, mes chers frères et soeurs, cela devient clair, limpide. Bien sûr, ceux qui n'ont jamais eu la moindre de ces expériences trouveront mes paroles un peu bizarres ou exagérées. Ils peuvent penser ce qu'ils veulent, mais moi je vous donne ce tableau dans la plus grande simplicité, la plus grande sincérité et tous les Initiés seront d'accord avec moi sur ce sujet.


Arrivons maintenant à l'esprit. L'esprit tend aussi vers un idéal, mais il ne désire pas comme l'âme se fondre dans l'espace, dans l'infini, parce que sa nature est différente. L'âme est le principe féminin par excellence, le principe féminin merveilleusement, divinement exprimé. L'esprit, lui, est l'expression divine du principe masculin. L'intellect et le coeur eux aussi représentent les principes masculin et féminin, mais à un niveau inférieur, donc d'une façon moins parfaite. L'alternance des deux principes se répète dans toutes les régions de l'univers mais sous différentes formes – positif et négatif, émissif et réceptif – dans tous les domaines. Partout vous ne trouverez que les principes masculin et féminin. Mais j'ai déjà suffisamment parlé su ces sujets, je ne m'y arrêterai pas maintenant.

Que demande l'esprit? Il ne cherche ni l'espace, ni la connaissance, ni le bonheur, ni la puissance, ni la santé. Non, rien de tout cela, parce que jamais il n'est malade, faible, malheureux, ténébreux ou refroidi. L'esprit ne demande qu'une seule chose: l'éternité. Comme il est d'essence immortelle, il n'aime pas ce qui est limité dans le temps, il veut l'éternité. Comme l'âme a l'espace pour domaine, l'esprit a pour domaine le temps. Jamais les physiciens ni les philosophes ne comprendront la nature du temps et de l'espace s'ils ne comprennent pas la nature de l'esprit et de l'âme. Parce que le temps et l'espace sont des notions d'une quatrième dimension qui touche l'âme et l'esprit. Là aussi, combien de choses à vous dire! Mais j'attends le moment. Je vous dirai seulement que les plus grands physiciens, mathématiciens ou philosophes qui travaillent sur le temps et l'espace, ne pourront pas en percer les mystères tant que, par leur âme et leur esprit, ils n'auront pas travaillé consciemment sur l'infini et l'éternité. Et pour obtenir l'éternité, l'esprit a besoin d'une nourriture. Vous êtes étonnés que l'esprit ait besoin de nourriture? Je vous ai dit aussi un jour que le Seigneur Lui-même se nourrit... Et la nourriture de l'esprit, c'est la liberté! Si l'âme a besoin de se dilater, l'esprit, lui, a besoin de couper tous les liens qui le retiennent enchaîné.

Et la vérité est l'argent avec lequel l'esprit achète la liberté. Ce n'est ni la sagesse, ni l'amour qui pourront libérer l'esprit, mais seulement la vérité. Chaque vérité que vous arrivez à obtenir sur tel ou tel sujet vous donne la possibilité de vous libérer. Jésus disait: “Connaissez la vérité et la vérité vous affranchira.” Oui, c'est la vérité qui libère.Vous direz: “Et l'amour?” Ah! l'amour, lui, il vous enchaîne plutôt, il vous ligote. Voulez-vous vous lier à quelque chose, à quelqu'un, appelez l'amour: rien ne vous liera aussi bien que lui. Voulez-vous vous libérer? Appelez la vérité! Et la preuve, regardez ce qui se passe avec les vieillards: ils se mettent à connaître la vérité, et comme la vérité c'est la liberté, voilà, ils s'en vont dans l'autre monde. Tandis que lorsqu'on est amoureux, on ne veut pas se libérer, on veut rester sur terre pour se promener ensemble et s'embrasser... Réfléchissez, vous ne pouvez pas ne pas être d'accord.

Mais la vérité, on ne peut pas la trouver n'importe où, dans la première boutique venue; il y a une activité, un travail à fournir pour posséder cette vérité, et ce travail c'est l'identification avec le Créateur. Dans cette identification on s'approche de Lui, on se fusionne, on devient un avec Lui, et on possède la vérité, on est libre! Quand Jésus disait: “Mon Père et moi nous sommes un”, il résumait ce processus d'identification. La méditation vous donnera quelques lumières, mais vous ne serez pas libre. La contemplation vous amènera jusqu'à l'extase, mais vous ne serez pas libre non plus. C'est par le travail d'identification que vous obtiendrez cet or appelé vérité. Et cette vérité, c'est que la séparation de l'homme avec Dieu n'est qu'une illusion, une maya. L'homme est sorti de Dieu et il retournera en Dieu... Voilà la vérité. Le jour où l'on a vraiment compris, vu, senti cela, on se sent libre: libre de passions, libre d'ambitions, libre de souffrances, et on entre dans l'éternité.

“La vie éternelle, c'est de Te connaître, Toi, le seul vrai Dieu, et le Christ que Tu as envoyé” a dit Jésus. Et de quelle connaissance s'agit-il ici? Pas de la connaissance intellectuelle – comme les gens qui lisent des livres et qui disent: “Je connais cette question” - mais de la vraie connaissance. “Te connaître, Toi, le seul vrai Dieu”, cela signifie de ne faire plus qu'un avec Lui, d'être fusionné à Lui. Et cette unité, cette fusion, c'est cela la vie éternelle. En dehors de cette fusion avec le Créateur, rien ne peut vous faire entrer dans la vie éternelle: vous n'êtes pas éternel, puisque vous vivez encore dans le temps.

En réalité, nous vivons dans le temps et dans l'éternité: notre esprit vit dans l'éternité tandis que notre corps physique, avec tout ce qui nous entoure, vit dans le temps, s'effrite, puis meurt. Je vous ai fait il y a des années une conférence sur le temps et l'éternité, en vous montrant que l'éternité n'est pas une question de temps, même illimité, mais une question d'intensité. L'éternité est une intensité de vie, et avoir la vie éternelle, ce n'est pas de vivre indéfiniment, c'est vivre une vie intense. Nous sommes des créatures limitées dans le temps, nous avons eu un commencement, nous devons avoir une fin, mais, dans cette existence limitée nous pouvons trouver l'éternité dans l'intensité de la vie spirituelle. Parce que l'esprit seul est de l'ordre de l'éternité.

Et pour que vous voyiez comment les Initiés comprennent le sens de ce mot “connaître”,... je vous donnerai un exemple très simple. Avez-vous remarqué que lorsque les enfants veulent connaître quelque chose, ils ont l'habitude de le mettre dans la bouche? Ce sont les adultes qui ne savent plus comment connaître les choses, parce qu'ils les regardent, ils les étudient, ils les lisent, tandis que les enfants, eux, pratiquent la vraie connaissance, celle qui consiste à mettre les objets dans la bouche, c'est-à-dire à les goûter. Allons même plus loin. La Bible dit qu'Adam a connu Ève, et Abel est né... ou qu'Abraham a connu Sarah, et Isaac est né... C'est encore une preuve que la connaissance est une fusion. Connaître, ce n'est pas du tout rencontrer quelqu'un, échanger quelques mots avec lui pour dire ensuite: “Un tel je le connais”. Vous avez fait connaissance avec lui, c'est tout, mais vous ne le connaissez pas. Quand vous serez un avec lui, vous le connaîtrez. Le mot connaissance a donc deux sens: l'un est pour les gens ordinaires, l'autre pour les Initiés. Eh bien, c'est pour les Initiés que Jésus parlait en disant: “C'est la vie éternelle de Te connaître, Toi, le seul vrai Dieu et le Christ que Tu as envoyé.” Ainsi tout devient clair...


En faisant des efforts pour pratiquer l'identification, la contemplation, la méditation, le chant, les exercices de respiration et de gymnastique, jusqu'au travail physique lui-même, au lieu de se sentir toujours affamé, assoiffé, insatisfait, le disciple arrive à nourrir, à renforcer tous les principes qui sont en lui. Maintenant, bien sûr, on peut développer ces quelques indications jusqu'à l'infini, ajouter des précisions, varier, établir toutes sortes de relations entre ces différents éléments. D'ailleurs, qu'ai-je fait d'autre depuis trente-quatre ans que je vous parle? J'ai toujours dansé sur ce tableau sans vous le dire, sans le montrer; c'est de là que j'ai tiré toutes mes conférences. Dans ce tableau j'ai voulu réunir et ajuster toutes les notions de la vie physique et psychique que l'on trouve éparpillées un peu partout, pour en faire une unité. Car voilà ma déformation: vouloir toujours faire une unité, une synthèse.

La science a pris depuis trop longtemps le chemin de l'analyse, le monde contemporain a besoin maintenant d'une vision synthétique des choses. Eh bien, nous l'avons, cette vision synthétique; moi je ne travaille qu'à l'aide de la synthèse. Bien sûr, il est nécessaire de temps en temps d'analyser un point. Mais moi, ma méthode, c'est la synthèse, parce que seule la synthèse vivifie; grâce à elle on peut se fusionner au Créateur, à l'univers tout entier pour devenir grand, riche, vivant. Avec l'analyse, vous vous rétrécissez, vous vous mortifiez, vous vous rapetissez de plus en plus, et s'en est bientôt fini de vous. L'analyse, c'est la mort... La synthèse, c'est la vie... Une preuve: que fait la mère? Pour former son enfant, elle ne fait que la synthèse de milliards d'éléments. L'enfant, c'est cette synthèse vivante qui bouge, qui mange, qui parle. Plus tard, quand l'heure de l'analyse est venue, chaque particule du corps s'en va rejoindre la région qui lui correspond: la terre, l'eau, l'air, le feu... exactement comme les lettres retournent au casier du typographe. Donc, si vous vous acharnez toujours à analyser, à disloquer, à démontrer les choses et les êtres, vous marchez vers la mort, la mort spirituelle.

L'individualisme, la vie personnelle, égoïste, aboutit à la mort spirituelle: on se détache, on s'isole, on se sépare des autres, c'est la mort. Au contraire, la vie collective, fraternelle est une synthèse qui apporte la vie, la résurrection. Si on ne veut pas réaliser la Fraternité Blanche Universelle dans le monde, eh bien, cela veut dire qu'on travaille pour la mort spirituelle. Pour vivre, il faut avoir un haut idéal de synthèse et cet idéal, c'est le Royaume de Dieu.


Comme je vous l'ai dit en commençant, ce tableau ne peut pas tout contenir. Il y a donc un certain nombre de notions que vous n'y trouverez pas. Mais nous pouvons tout de même y placer la conscience. La conscience, et plus exactement la soi-conscience, c'est l'affaire de l'intellect. La superconscience appartient aux domaines de l'âme et de l'esprit; et même, pour l'esprit, on peut parler de superconscience divine. Aux domaines de la volonté et du coeur correspond la conscience et c'est au niveau de l'intellect que commence à naître la soi-conscience. Toutes les manifestations de la vie instinctive (avec la respiration, la digestion, la circulation, l'élimination, la croissance) correspondent à la subconscience. Enfin, le corps physique avec la charpente osseuse correspond à l'inconscience.


Vous me demandez ou il faut placer la pureté... Mais comment séparer la pureté de tout le reste? Dans l'Arbre séphirotique, c'est différent, elle est située dans la séphira Iésod, mais ici, elle n'a pas de place particulière, elle se trouve partout. Il faut la situer tout d'abord au niveau du corps physique comme une qualité de la nourriture: la nourriture doit être pure. Si elle est polluée, empoisonnée, putréfiée, vous êtes malade. Dans le domaine de la volonté, il en est de même: la force avec laquelle vous alimentez la volonté doit être pure. Car là aussi il y a forces et forces, et certaines laissent beaucoup de scories. Prenez l'exemple des combustibles: le charbon, l'essence contiennent des énergies, mais pour que la combustion produise le plus d'énergie possible en laissant le moins de déchets, il faut soit les purifier ou les filtrer, soit choisir les matériaux de la meilleure qualité. Sinon vous obtiendrez beaucoup de scories et très peu de chaleur, d'énergie.

Les sentiments aussi doivent être les plus purs pour nourrir pleinement le coeur. Si vous laissez entrer dans votre coeur des matériaux impurs comme la colère, la jalousie, la convoitise, la sensualité, tout un mélange de sentiments épouvantables, votre coeur commence à souffrir parce que vous lui avez donné une nourriture polluée. Et il en est de même pour l'intellect, l'âme et l'esprit. Car il ne peut exister de sagesse, d'extase ou de vérité là où il y a des impuretés. Vous voyez combien tout cela est clair.

Dans ce tableau, je n'ai pas non plus placé la beauté, ni la perfection. En réalité elles sont sous-entendues à tous les plans, à tous les niveaux.

La souffrance non plus n'est pas mentionnée, mais là, c'est facile à comprendre: dérangez, intervertissez ou boulversez un des éléments de ce tableau, donnez au corps physique, au coeur, à l'intellect une nourriture impure, ou donnez à un principe ce qui convient à un autre, et immédiatement la souffrance est là. Si vous pouviez entendre toutes ces plaintes à l'intérieur de vous: “Ce n'est pas ce que je demande, pourquoi me donnes-tu cette nourriture?... J'ai besoin d'espace, pourquoi m'as-tu enfermée ici?... Je veux de la chaleur, pourquoi me laisses-tu dans le froid? Je grelotte...”

Est-ce que vous sentez maintenant la véracité de tout ce que je viens de vous dire? Evidemment, si vous m'écoutez avec une attitide purement intellectuelle et objective, peut-être ne sentirez-vous rien du tout et vous trouverez même que mes paroles ne correspondent pas à vos opinions. Si toute la culture du monde contemporain vous a mis dans la tête des idées qui vous empêchent de comprendre, ce n'est pas ma faute. Mais, dépêchez-vous, adoptez ma façon de voir et vous serez émerveillés. Vous direz: “J'ai compris... Ce tableau je vais le porter sur moi et partout ou j'irai, je le regarderai: dans le train, dans le métro, chez le dentiste..., dans les institues de beauté même!” Oui, ce tableau peut vous aider beaucoup. N'en diminuez jamais l'importance.


Omraam Mikhaël Aïvanhov
Sèvres, France, Le 6 Février 1972
"Connais-toi toi-même" - jnani yoga 1, Tome 17, Oeuvres complètes, © Éditions Prosveta

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